2666

Eh bien voilà, c'est fait, je suis venu à bout des 1356 pages du roman de Roberto Bolaño, 2666, ne pas confondre le titre et le nombre de pages. Ce n'est pas rendre justice à ce roman d'écrire que « j'en suis venu à bout », comme s'il s'était agi d'un pensum. Mais j'explique. J'ai commencé à lire ce livre dès sa sortie en France, en 2008, suite à la lecture d' une recension dans La Croix. Et j'ignore pourquoi je ne suis pas allé jusqu'au bout, et ce après plusieurs tentatives au fil des ans. La forme narrative et le style ne malmènent pourtant pas le lecteur. Mais il est vrai que la partie centrale du livre consacrée aux féminicides de Ciudad Juarez, dans le nord du Mexique (la ville est rebaptisée Santa Teresa dans le roman) est une épreuve à surmonter. Et donc. J'avais profité d'un passage à la librairie française de Rome pour racheter le livre laissé en France. Et hier, je l'ai terminé. Je sais donc qui se cache derrière le pseudonyme de Benno von Arcimboldi, auteur dont on ne sait absolument rien, personnage construit par Bolaño sur le modèle du romancier américain Thomas Pynchon, d'après certains critiques. Et à ma plus grande surprise, quelques dizaines de pages avant la fin, je me suis retrouvé à Venise, parce qu'Arcimboldi y vivait depuis plusieurs années. Son éditrice, la baronne von Zumpe, a retrouvé sa trace et s'en va le voir. Je cite :

« La baronne traversa la place du Ghetto Nuovo, puis traversa le pont en direction des Fondamenta degli Ormesini, prenait à gauche et arrivait à la rue Turlona, rien que de vieilles maisons, des bâtiments qui se soutenaient les uns les autres, comme des petits vieux atteints d'Alzheimer, un salmigondis de maisons et de couloirs labyrinthiques où l'on entendait des voix lointaines, des voix inquiètes qui s'interrogeaient et se répondaient avec grande dignité, jusqu'au moment où elle se trouva devant la porte d'Arcimboldi, dans un logement dont on ne savait pas très bien, ni depuis la rue, ni depuis l'intérieur, à quel étage, troisième ou quatrième, il se situait, peut-être au troisième et demi. » (P.1272).

Avant de rédiger ce post, j'aurais dû me rendre dans cette fameuse calle, d'abord pour en faire une photo, mais c'est à l'opposé de la ville et je n'ai pas le temps en ce moment. Et puis je ne veux pas y faire un crochet à la sauvette. Sans parler de pèlerinage, j'aimerais juste en profiter pour reconsidérer les différentes clés de lectures de ce roman on ne peut plus fascinant.

Il y a une autre brique qui attend sur l'une de mes étagères que j'en vienne à bout. 1465 pages. Contre-Jours. Et vous savez de qui ? Eh bien de Thomas Pynchon, justement. Et vous savez quand j'ai commencé à lire ce roman pour la première fois ? À sa sortie en France en 2008. Et vous savez où les personnages américains nous emmènent ? À Venise.

« Ici, dans cette ville ancienne devenue au cours du temps son propre masque, elle se mit à rechercher les instances de contre-lumière, des passages donnant sur des obscurités humides, des sotoporteghi aux issues invisibles, des visages absents, des lampes inexistantes au fond des calli. Elle découvrit ainsi, au fil des nuits d'une netteté de plus en plus décourageante, une ville secrète et ténébreuse... » (P.797)

Alors je vous le dis tout de suite : on se retrouvera... avec un sacré trousseau de clés !