En attendant la fête...

Ces temps-ci, je suis las de San Marco, las de photographier au petit matin les bizarreries des touristes, alors je n'y vais plus, et je me concentre sur ce qui se passe dans mon quartier, et depuis deux semaines, sur la Giudecca, car je tiens le studio-galerie de Federico Suttera à Palanca. C'est lui qui m'a proposé le deal. J'assure l'ouverture quotidienne jusqu'à fin août, en échange de quoi j'y expose et vends mes propres photos. C'est ainsi que nous avons monté une exposition en commun, et il se trouve que les personnes qui passent ne perçoivent pas qu'il s'agit de deux artistes différents, on peut alors parler à juste titre de cohérence et d'harmonie. Je me rends donc chaque jour sur la Giudecca. Je descends aux Zitelle et marche jusqu'à Palanca en guettant le petit événement à capturer avec mon appareil. Ces jours-ci, la fondamenta n'offre pas un spectacle à l'honneur des résidents, c'est comme ça chaque année. Depuis déjà quinze jours, les groupes ou familles ont déjà réservé leur place avec de la craie ou du ruban adhésif, pour la fête du Redentore, le 14. L'autre jour, devant la boutique, j'ai vu un homme effacer la réservation d'une famille avec de l'acide. Tant qu'à faire ! Il ne craint pas les représailles, celui-là. À moins qu'il ait de l'artillerie lourde pour riposter. En tout cas, vive la fête ! Et à propos de fête, il y a eu celle donnée samedi dernier par les Amis du Nuovo Trionfo, à l'occasion de son retour, à la Pointe de la Douane, après deux ans d'absence pour cause de restauration. Il me manquait, ce bateau. Je prenais de ces nouvelles chaque fois que je croisais Massimo Gin, le président de l'association, et voilà qu'il est de nouveau amarré à Venise dans toute sa splendeur photogénique. L'autre jour, Bruno Crosera m'a montré des photos du canal de la Giudecca datant des années 20, où l'ont peut voir le canal parsemé de voiliers du même modèle. Un monde aujourd'hui non seulement disparu mais aussi inimaginable, s'il n'y avait pas ces photos pour en témoigner. Lors de la fête à bord du Nuovo Trionfo, j'ai fait connaissance de Mario Arnaldi qui a sculpté la nouvelle figure de proue. Lorsqu'il a évoqué Tonino Guerra (1920-2012) avec qui il a travaillé pendant vingt ans, j'ai ouvert de grands yeux, juste pour mieux considérer l'homme qui a côtoyé le co-scénariste de Fellini, de De Sica et de Tarkovski, ça n'est pas rien ! Le lendemain, je suis allé sur son site, et là, j'y ai découvert une œuvre qui m'a proprement enthousiasmé, des chefs d'oeuvre de technique et de poésie. Je vous joins le lien, allez voir vous-mêmes. Je vous recommande surtout la galerie consacrée aux cadrans solaires.

https://marnaldi.wixsite.com/amarte

Voilà ! À plus tard, sûrement après le feu d'artifice.