Histoires d'eau

Lorsque je porte un regard vers les jours qui ont filé depuis mon dernier billet, je vois surtout de l'eau. De l'eau lagunaire d'août, donc pas vraiment saine. Quand hier, Nicola Tognon a écrit sur Facebook qu'au niveau du pont des Guglie le conducteur d'une barque est tombé à l'eau après avoir percuté un vaporetto, je n'ai pu qu'écrire en commentaire « Encore ??! ». Je précise que le gars était occupé à parler dans son portable, raison pour laquelle il a perdu le contrôle de sa barque, et qu'une fois remonté dedans, il a déguerpi loin de la fonction caméra des portables. La série a commencé en début de semaine dernière, en pleine nuit, au large du Lido, devant l'île de Forte Sant'Andrea. Deux hommes en barque étaient en train de pêcher lorsqu'un bateau à moteur est arrivé en trombe et leur est rentré dedans. Les deux pêcheurs ont été tués, ainsi qu'un des passagers du bateau. S'en est suivi une polémique au cours des jours suivants pour savoir qui était en faute. Le conducteur qui avait un taux d'alcoolémie supérieur au plus bourré des Russes, ou bien les pêcheurs qui stationnaient en plein milieu d'une voie navigable, sans lumières pour certains témoins, avec pour d'autres ? Deux jours plus tard, un corps sans vie a été trouvé dans le canal qui longe le marché du poisson, à Rialto. Andrea Rizzi, 49 ans. Les premières estimations ont privilégié une chute accidentelle, mais personne n'y a cru. Parce que justement, il s'agissait d'Andrea Rizzi, le plus jeune frère de Maurizio et de Massimo qui faisaient partie de la bande à Maniero, le maffieux assassin qui entre autre a mis sous contrôle tout le Tronchetto... et qui a fait descendre les deux frère Rizzi il y a quelques années. Alors quand on retrouve noyé le petit dernier, on a plus de réponses que de questions. Pourtant, l'autopsie a révélé qu'avant de tomber dans le canal, le dernier des Rizzi s'était noyé dans l'alcool, ce qui a bel et bien provoqué sa chute. Deux jours plus tard, quatre touristes se tenaient sur ce qui autrefois était l'embarcadère du traghetto de San Stae. Une antiquité, ce pontile. Du bois si vermoulu que ce soir-là, ça en était trop, il n'a plus assuré sous un tel poids. Il s'est effondré et les quatre touristes se sont retrouvés à la flotte, sûrement avec l'impression justifiée que tout fout le camp. Pas plus tard que le lendemain, sur le canal de la Misericordia à Cannaregio, un plombier était en barque avec devant lui quatre touristes (il doit y avoir un symbole) accompagnés d'une guide, qui pagayaient debout sur ce genre de planche qu'on appelle Sup. Survient la barque d'un livreur qui, en les dépassant, provoque une onde. Et là, tout se complique pour raconter ce qui suit, parce que les versions diffèrent. Je ne sais pas comment je vais m'y prendre... Bon. On ne va pas y passer la journée, alors en bref ça donne ceci : version du plombier : l'onde a provoqué la chute dans l'eau d'un des touristes, alors le plombier a dû manoeuvrer de tel sorte que la personne à la flotte ne se fasse pas en plus déchiqueter par son moteur s'il venait à lui passer dessus, raison pour laquelle il a fait des manœuvres en zigzags pour l'éviter. Or, la guide prétend que c'est lui qui a provoqué la chute, elle l'a même filmé, mais lui, depuis sa barque, a pris son appareil et l'a balancé à la flotte, alors la guide lui a foutu une grande baffe, oui, parfaitement ! Enfin je devrais écrire tout ça au conditionnel, puisqu'entre la guide et le plombier, victime et agresseur ne sont pas les mêmes. Pour clore la série, mentionnons ce couple de Français, plus tout jeunes, qui eux aussi se sont retrouvés à l'eau en plein après-midi, dans le bassin de San Marco, juste là où les gondoles sont amarrées, devant le palais ducal. Mais là, ce n'était pas un accident, personne ne les a poussés, non, non. C'est eux qui se sont mis en maillot de bain et, se croyant à la piscine municipale, ont commencé à vivre leur vie aquatique en plein milieu du trafic. Un gondolier qui passait par là les a filmés tout en leur demandant s'ils savaient où ils se trouvaient et a conclu son admonestation par un « Vive la France ! », ce qui m'a bien foutu la honte quand j'ai vu circuler la vidéo sur le site de la Repubblica. Bon, bon, bon. Qu'est-ce qu'on va conclure de tout ça ? Ben je ne sais pas...