Hier...

Hier, 25 avril, fête nationale, mémoire de l’Italie libérée du fascisme mussolinien. Comme chaque année, je m’inscris dans le cortège des héritiers des partisans d’autrefois. Il me faut préciser que si je n’avais pas été invité à participer pour la première fois à cette marche il y a six ans, je ne me serais pas permis de m’y rendre, simplement parce que par la force des choses la mémoire nationale dont il est question n’est pas la mienne. Je suis donc présent chaque année, mais je m’abstiens de chanter « Bella Ciao ! », parce que là, même si au fil des ans j’ai fini par le savoir par coeur, je me sentirais vraiment usurpateur et ridicule. Cependant, si mon identité nationale ne me permet pas d’être intégré à cette mémoire italienne, les combats présents et à venir sont internationaux, surtout en ces temps où dans tout l’Occident (et au-delà), des gouvernements autoritaires sont réclamés, parce que ce serait là la seule garantie de vivre en sécurité physiquement et économiquement entre des frontières bien fermées. Alors lorsque justement en Italie, le chef de file de l’extrême droite, Matteo Salvini, est arrivé au pouvoir comme ministre de l’intérieur, on est en droit de se demander si toute la population est unie en ce jour, si tout le monde participe à la même mémoire. Salvini n’a pas fait attendre sa réponse, il a déclaré que le 25 avril « doit être la fête de tous et pas seulement des communistes » et que pour sa part il ne participerait pas aux célébrations, parce qu’il serait en Sicile à combattre la mafia (ici, soit on applaudit, soit on rigole). Et donc, hier, alors que j’étais dans le cortège des «communistes », je pensais à notre fête nationale à nous, Français. Que fête-t-on le 14 juillet ? La prise de la Bastille. Ça raconte une histoire de casseurs qui n’y sont pas allés de main morte en matière de dégradation des édifices publics, et pas que ça, on connaît la suite de l’histoire, notamment de toutes les têtes qui sont tombées. Alors je me demande par quelle acrobatie oratoire Emmanuel Macron va faire mémoire de ce 14 juillet censé unir un pays tout taché de jaune. 

Je change de sujet. Ce matin, je suis allé sur la page Facebook d’une certaine Eleonora Rioda, vénitienne de souche. J’y ai découvert une très belle femme de trente-sept ans native de la Giudecca, je lis qu’elle est célibataire, et qu’elle organise avec succès des mariages de luxe. Elle a ainsi présidé à l’organisation des noces de Tom Cruise, d’Angelina Joly, de Tom Hanks, de Robert de Niro, de Steven Spielberg et d’autres inconnus très fortunés. On peut d’ailleurs voir des photos et des vidéos témoignant de fastes qui peuvent défier l’imagination de bon nombre d’entre nous, en tout cas de ceux qui ne sont pas familiers des revues people. Pour quelqu’un comme moi qui fait ses courses en calculant tout à 10 centimes près, non par avarice mais par contraintes budgétaires, un sport mental parfois usant pour ceux qui n’ont pas d’autre choix que de le pratiquer, on se prend parfois à rêver non pas à une vie de luxe, mais à un essor professionnel tel que celui d’Eleonora, un métier dont le salaire nous dispensera de compter, de rogner, de renoncer, etc. Je suis donc allé sur la page d’Eleonora, parce qu’hier, en première page du Gazzettino comme de la Nuova, son décès était annoncé. Elle s’est suicidée le jour de Pâques, son corps a été retrouvé avant-hier dans son appartement. Il y a des décès qui appellent un silence immédiat, d’autres comme celui d’Eleonora qui appellent à la méditation. Cette jeune femme était belle, riche, talentueuse, et pourtant, elle s’est donnée la mort le jour de Pâques, fête par excellence du retour à la vie. J’ai lu qu’elle luttait contre une grave maladie sans rémission possible, dont elle a fait mention dans une lettre laissée à ses parents. Il n’empêche qu’il s’agit là du mystère d’une vie et d’une mort qui appelle à s’assoir ne serait-ce que quelques minutes pour méditer un peu. Sur la vie, tout simplement. 

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